Contexte
La dépendance aux protéines importées en Europe :
L’Union européenne connaît un déficit structurel en protéines végétales (« protein gap »), qui se traduit par une forte dépendance aux importations pour l’alimentation animale et humaine. Elle importe environ 19 millions de tonnes de protéines végétales par an et dépend particulièrement du soja, dont près de 96 % du tourteau utilisé est importé.
Cette dépendance expose l’Europe aux instabilités géopolitiques, aux perturbations commerciales et à la volatilité des prix, mais elle rend aussi difficile la maîtrise des conditions de production et des impacts environnementaux des protéines importées. Face à ce constat, l’UE cherche à renforcer sa production nationale de protéines dans le cadre de la stratégie « Farm to fork », du Plan européen pour les protéines et de la PAC 2023-2027. L’objectif est de développer des filières locales, d’améliorer l’autonomie stratégique et la sécurité alimentaire, tout en favorisant une agriculture plus durable et résiliente.
Et la France dans tout ça ?
La France est le premier producteur européen d’oléagineux et de protéagineux, avec des productions de colza, de tournesol, de soja, de pois et de féveroles. Elle produit chaque année environ 3,78 millions de tonnes de colza et 408 000 tonnes de soja. Malgré cette production importante, la France reste dépendante des importations pour l’alimentation animale. La production nationale de protéines ne couvre qu’environ 50 % des besoins du secteur de l’élevage. Cette dépendance est particulièrement forte dans la filière avicole, qui représente à elle seule 43 % de la consommation française de tourteau de soja. Dans le secteur biologique, la situation est également marquée : en 2023, la France a produit environ 66 000 tonnes de soja biologique, mais en a importé 61 000 tonnes pour l’alimentation animale.
La France occupe également une position majeure dans la production d’œufs : elle est le premier producteur d’œufs de l’Union européenne, avec environ 15,4 milliards d’œufs produits en 2024 et 47 millions de poules pondeuses. La production biologique représente environ 13 % du cheptel français de poules pondeuses.
Pour garantir la production d’œufs, l’élevage des poulettes constitue une étape particulièrement importante, car leur alimentation conditionne leur croissance, leur développement osseux et leurs futures performances de ponte. Cette phase nécessite notamment des aliments riches en protéines et présentant un bon équilibre en acides aminés essentiels (lysine et méthionine). La suppression prévue en 2027 de la dérogation permettant d’utiliser jusqu’à 5 % d’ingrédients non biologiques riches en protéines dans l’alimentation des jeunes monogastriques remet en question la formulation des aliments pour poulettes biologiques et le maintien des performances des élevages. L’identification et la valorisation des sources locales de protéines végétales biologiques deviennent donc des priorités stratégiques pour la filière française. Le développement de concentrés de protéines végétales à partir de ressources agricoles régionales pourrait améliorer la densité protéique et l’équilibre en acides aminés des rations tout en renforçant l’autonomie protéique européenne et la durabilité des systèmes de production avicole biologique.
Objectifs du projet
- Sélectionner et cultiver des variétés de graines d’oléo-protéagineux mieux adaptées aux besoins nutritionnels des poulettes bio.
- Concevoir et améliorer les méthodes de transformation de ces matières, dans le respect de la réglementation européenne en matière d’agriculture biologique, afin de mieux valoriser les protéines issues des graines oléagineuses et des protéagineux et de produire des matières premières riches en protéines destinés à l’élevage biologique.
- Avec le passage d’une alimentation 95 à 100% bio, maintenir des performances élevées dans les élevages de poulettes bio en maîtrisant les coûts de production, afin de garantir l’approvisionnement en œufs bio français.
- Soutenir l’adaptation des filières avicoles et de cultures protéiques dans leur transition vers des systèmes d’alimentation 100 % bio des volailles.
Résumé des actions qui seront menées
Aux champs :
- Caractériser une diversité de variétés de soja et de tournesol cultivées dans différentes régions de France, afin d’identifier des variétés adaptées à l’alimentation des poulettes bio et contribuer au développement de variétés prometteuses via la sélection ;
- Étudier le potentiel d’adaptation de cultures oléagineuses à haute valeur nutritionnelle pour les poulettes, mais non cultivées en France (exemple le sésame), ainsi que leurs performances agronomiques, afin d’explorer les possibilités de développement de nouvelles cultures.
Aux labos et en transformation :
- Développer de nouvelles méthodes de transformation industrielle des protéines végétales pour produire des ingrédients alimentaires adaptés aux besoins nutritionnels des poulettes bio ;
- Évaluer la valeur nutritionnelle d’ingrédients alimentaires innovants et leur intégration potentielle dans les régimes alimentaires des poulettes bio.
En élevages :
- Mener des essais dans des exploitations expérimentales et commerciales en utilisant des formulations d’aliments 100 % bio afin d’évaluer leurs performances techniques et économiques ainsi que leurs impacts ;
- Comparer la réponses de différentes souches de volailles à une alimentation 100% bio locale ;
- Quantifier l’impact global sur le secteur avicole du passage à une alimentation 100 % bio pour les poulettes, et identifier les moyens d’optimiser la filière française des protéines bio.
Rôle de l’ITAB dans le projet
Pilotage de ce cas d’étude français étudiant les complémentarités entre cultures protéiques et élevages pour tester différentes pistes de passage au 100% bio de l’alimentation des poulettes.



